Je voudrais commencer cet article en remerciant l’artiste Dwa, autodidacte, auteur de bandes dessinées, aquarelliste, qui m’a aimablement autorisée à illustrer mes propos par ses dessins que j’ai admirés tout au long des événements ! Traduire en quelques traits, une réalité bouleversante, sans trahir celle-ci. Merci Dwa.
Oui, la question est posée… révolution populaire ou coup d’Etat ?
Tout dépend du regard que je pose sur les événements et de quel côté je me situe.
Personnellement je penche pour la révolution populaire. En effet, depuis mon premier voyage en 2010, j’ai vu ce pays, auquel je suis profondément attachée, s’enliser de plus en plus dans la misère. En 2010, au lendemain du coup d’état d’Andry Rajoelina, tous les espoirs étaient permis. Le pays allait retrouver prospérité et dès lors le peuple sa dignité.
Rappelez-vous, 1€ valait 2.600 Ar ; aujourd’hui il vaut 5.170 Ar. C’est tout dire !
De voyage en voyage, j’ai constaté la dégradation des conditions de la vie quotidienne. Les routes et pistes dans un état parfois difficilement descriptible ; même lorsqu’il y a l’eau courante (en ville) des coupures ou un tout petit filet d’eau. Dans les villages il faut aller à la source parfois éloignée de plusieurs kilomètres ; des coupures d’électricité (toujours en ville, dans les villages il n’y en a pas !) sans aucun avertissement et parfois pour de très longues heures ; le prix des denrées en perpétuelle augmentation. Et en parallèle, des travaux qui semblaient ne pas correspondre du tout aux besoins de la population. Je ne citerai que le dernier en date et qui a déjà fait couler beaucoup d’encre : le téléphérique d’Antananarivo.
Alors oui, cette révolution je la comprends et cela faisait un moment que je me demandais si le peuple malgache avait encore la force de se réveiller et de se rebeller.
Aujourd’hui son CRI est tel qu’il est assourdissant et je pense qu’il ouvre une ère nouvelle ! Cette révolution me semble donc positive et éveille chez moi un grand espoir pour l’avenir.
Les revendications exprimées sont ajustées à la réalité du pays : eau, électricité, mais surtout stop à la corruption, au népotisme, combat pour retrouver dignité et justice, pour croire en un avenir possible et stopper la fuite des cerveaux et des capitaux.
J’ai admiré cette jeunesse qui revendique ses droits de manière pacifique et avec endurance. J’ai admiré ces quelques jeunes ou moins jeunes qui n’ont pas eu peur de monter au créneau pour interpeller les soldats ou les gendarmes. Je pense principalement à Mikolo, à l’actrice dont j’ai oublié le nom, à ce jeune avocat ou encore à la jeune fille qui, malheureusement, est entrée dans la violence en jetant des pavés sur les gendarmes. Mais combien je la comprends elle aussi ! Comment rester impassible devant la violence des forces de l’ordre, devant les tirs parfois à balles réelles, devant l’horreur des gaz lacrymogènes, devant les morts et les blessés.
Il fallait que cela cesse et ils ont tous contribué à ce tournant que tous espéraient sans doute : l’armée se ralliant à leurs revendications.
Merci au Colonel Mickaël Randrianirina qui, le 11 octobre, à la tête du CAPSAT a donné l’ordre à ses hommes de ne plus tirer sur le peuple en déclarant que l’armée était là pour le protéger.
Dès ce moment les choses ont très vite évolué : exfiltration de Andry Rajoelina laissant le poste de président de la république vacant ! Fuite vers l’île Maurice du premier ministre et de l’homme d’affaires Mamy Ravatomanga. Dans la foulée, le parlement destitue le président, le CAPSAT annonce que l’armée prend le contrôle des institutions de l’état et le 17 octobre le colonel Mickaël Randrianirina est investi officiellement comme Président de la Refondation de la république de Madagascar devant bon nombre de personnalités malgaches et étrangères.
Depuis, bien qu’il y ait un calme apparent et que le quotidien ait repris pour la plupart des malgaches, il continue à y avoir des manifestations par ci par là, des grèves, des incendies, des déclarations des anciens du ‘camp’ Rajoelina, mais aussi déjà beaucoup d’actions positives pour redresser le pays.
Aujourd’hui, 10 novembre, Le Colonel Mickaël a déclaré : « C’est un pays en ruine que nous avons trouvé », « le redresser ne sera pas facile » … « nous travaillons déjà » et « je vous donne ma parole, je ne reculerai pas. »
Tous les espoirs sont permis et de son côté la Gen Z observe et veille au grain tout en s’organisant.
Michelle

